À Aubervilliers, une marche blanche a rassemblé de nombreuses personnes venues honorer la mémoire de Pengo Bossio Wangi, jeune combattant amateur de 26 ans tué par balles lors de l’attaque raciste de Trappes. Dans les rues, proches, habitants et membres de son club ont exprimé leur peine, mais aussi leur solidarité avec une communauté frappée par une disparition brutale. À travers leurs témoignages, un même portrait se dessine : celui d’un sportif déterminé, respectueux et profondément attaché au MMA.
Pengo s’entraînait à l’Atch Academy, institution du MMA installée en Seine-Saint-Denis. Pour rejoindre la salle depuis les Yvelines, il acceptait un long trajet, environ 1 h 20 à l’aller puis autant au retour, afin de consacrer deux heures à son sport. Il nourrissait l’ambition de devenir professionnel. À l’occasion de cette marche, Salahdine Parnasse lui a également rendu hommage sur X, avec un message sobre : « on ne t’oubliera pas ». Pour son club et ceux qui l’ont connu, la tragédie a interrompu un projet, mais n’efface ni la personne ni les liens qu’il avait construits.
En bref : l’hommage d’Aubervilliers à Pengo Bossio Wangi
Une marche blanche s’est tenue à Aubervilliers en mémoire de Pengo Bossio Wangi, tué à Trappes.
Le combattant de 26 ans s’entraînait à l’Atch Academy et rêvait de passer professionnel.
Son parcours témoignait d’un engagement rare : près de deux heures quarante de transport pour deux heures d’entraînement.
Salahdine Parnasse lui a adressé un message de souvenir, tandis que le club et la ville ont salué sa personnalité.
Une minute de silence avait déjà été observée la veille, lors du tournoi amateur Centurion.
Aubervilliers marche pour honorer la mémoire de Pengo Bossio Wangi
La marche blanche organisée à Aubervilliers a donné une forme collective à une douleur qui, jusque-là, touchait d’abord les proches et les partenaires d’entraînement de Pengo Bossio Wangi. De nombreuses personnes se sont réunies en début d’après-midi pour lui rendre hommage après sa mort dans l’attaque de Trappes. La marche ne pouvait réparer la perte, mais elle permettait de nommer ce qui avait été arraché : un fils, un ami, un camarade de salle, un jeune homme qui avait encore des projets.
Le choix d’Aubervilliers n’était pas anodin. La ville abrite l’Atch Academy, où Pengo venait s’entraîner et où il avait noué des liens qui dépassaient le cadre sportif. Pour les membres du club, la salle représente une communauté faite d’efforts partagés, de rendez-vous réguliers et d’une confiance qui se construit séance après séance. La disparition d’un partenaire transforme ces habitudes : un emplacement reste vide, un entraînement prend une autre dimension, et les souvenirs se glissent dans les gestes ordinaires.
Le maire divers gauche, Sofienne Karroumi, a pris la parole au cours du rassemblement. Il a exprimé sa sidération face à la mort du jeune homme et rappelé le rêve de réussite dans le MMA qui l’animait. Il a aussi dénoncé la lâcheté de l’attentat raciste, en soulignant que Pengo n’avait pas eu d’autre tort, selon ses mots, que d’être « au mauvais moment, au mauvais endroit avec la mauvaise couleur de peau ». Cette déclaration a placé l’hommage au-delà du seul cercle sportif : la mémoire de la victime engage également la ville face au racisme.
Une marche blanche rassemble des personnes aux parcours différents autour d’un geste commun. Certains ont connu Pengo depuis longtemps ; d’autres viennent manifester leur soutien à sa famille ou leur refus de la violence raciste. Leur présence ne signifie pas que chacun a vécu le deuil de la même manière, mais elle affirme que la victime ne sera pas réduite à la circonstance de sa mort. C’est aussi pourquoi les paroles prononcées à Aubervilliers ont insisté sur son caractère, ses ambitions et son rapport aux autres.
La cérémonie a ainsi donné à la douleur un espace public et partagé. En avançant ensemble, les participants ont rappelé qu’un hommage ne se limite pas à une formule : il consiste aussi à laisser une place aux proches, à écouter leurs témoignages et à préserver le souvenir d’une personne entière.

À l’Atch Academy, le rêve professionnel d’un combattant amateur
Avant d’être au cœur d’un hommage, Pengo Bossio Wangi était un combattant qui cherchait sa place dans un sport exigeant. Il s’entraînait à l’Atch Academy, club emblématique du MMA à Aubervilliers, et ambitionnait de franchir un jour le cap professionnel. Son bilan amateur, rapporté par le quotidien L’Équipe, était de trois victoires pour quatre défaites. Ces chiffres décrivent un début de parcours, pas une mesure complète de son potentiel ni de sa valeur comme athlète.
Dans les sports de combat, les résultats ne racontent jamais toute l’histoire. Une victoire peut confirmer un progrès technique ; une défaite peut révéler les points à travailler, la capacité à tenir le rythme ou l’expérience encore à acquérir. Pour un amateur qui vise le professionnalisme, le chemin passe par l’apprentissage, la régularité et le soutien d’un encadrement. Le témoignage de Stéphane Chaufourier, fondateur du club connu sous le nom d’Atch, met l’accent sur l’investissement de Pengo, qu’il jugeait rare chez un pratiquant animé par un projet professionnel.
La distance qu’il parcourait pour s’entraîner donne une indication concrète de cette détermination. Il effectuait, selon le fondateur, environ 1 h 20 de trajet à l’aller et autant au retour pour deux heures de pratique. Un tel déplacement répété suppose de l’organisation et une motivation solide. Il permet aussi de comprendre pourquoi l’Atch Academy occupait une place si importante dans son quotidien : le temps passé dans les transports et dans la salle traduisait un choix, celui de consacrer une part considérable de sa vie à une ambition sportive.
Une ambition qui dépassait le bilan amateur
Dans un club, l’évaluation d’un combattant ne repose pas uniquement sur sa fiche de résultats. Les entraîneurs observent la progression, l’assiduité, l’écoute et la capacité à reprendre le travail après une difficulté. Les proches de Pengo décrivent un homme qui avait des objectifs et des rêves. Ces éléments ne permettent pas de prédire ce qu’aurait été sa carrière, mais ils donnent du sens à la trajectoire qu’il était en train de construire.
Le MMA amateur constitue un espace de formation où l’on apprend à gérer la pression, à respecter des règles strictes et à faire confiance à son équipe. Chaque séance demande un effort physique, mais aussi une discipline collective : écouter les consignes, contrôler ses gestes et protéger ses partenaires. Les témoignages recueillis après sa mort rappellent que ces qualités comptaient autant, aux yeux de son entourage, que ses aptitudes de combattant.
La carrière professionnelle, elle, n’était pas encore acquise. Pengo se dirigeait vers cet objectif, sans que personne puisse garantir son aboutissement. Dire cela ne diminue pas son ambition ; au contraire, cela rend son projet plus concret et plus humain. Il était à une étape où le travail quotidien devait encore transformer le potentiel en expérience. L’Atch Academy voyait en lui un pratiquant investi, et cette reconnaissance contribue à comprendre la place qu’il occupait dans le club.
En rappelant son parcours, ses trajets et son envie de progresser, ses entraîneurs ne cherchent pas à le réduire au statut d’espoir sportif. Ils font entendre l’histoire d’un jeune homme qui avançait vers un objectif précis et qui avait gagné le respect de ceux qui partageaient son quotidien.
Les témoignages des proches dessinent le portrait d’« un homme bien »
Parmi les mots prononcés après la mort de Pengo, une expression revient avec force : « un homme bien ». Un employé de l’Atch Academy, qui se reconnaissait aussi dans ses origines congolaises, l’a décrit comme quelqu’un de gentil, très respectueux, doté d’objectifs et de rêves. Ce témoignage ne cherche pas à dresser un portrait idéal ou à faire oublier la réalité d’un parcours sportif encore en construction. Il rappelle plutôt ce que les personnes qui le côtoyaient retenaient de son comportement.
Dans une salle de MMA, le respect se manifeste dans des situations très concrètes. Il faut savoir s’arrêter lorsqu’un partenaire est en difficulté, écouter les consignes de l’entraîneur et accepter les limites imposées par la sécurité. La pratique est intense, mais elle repose sur la maîtrise et la confiance réciproque. Le portrait de Pengo comme combattant respectueux prend ainsi une signification particulière : il renvoie à une attitude vécue au quotidien, et non à une formule uniquement prononcée pour les circonstances.
Les témoignages permettent aussi de distinguer plusieurs facettes de son identité. Il était un sportif amateur qui voulait progresser, mais aussi un ami, un membre d’un club et une personne appréciée pour sa gentillesse. Ces dimensions ne s’opposent pas ; elles s’entrecroisent. Une ambition individuelle peut se construire dans un collectif, au fil des séances, des encouragements et des échanges avec les partenaires. Lorsqu’un jeune combattant disparaît, ceux qui l’entouraient se souviennent autant de ses projets que des gestes ordinaires qui rendaient sa présence familière.
Le club, une communauté frappée par la disparition
La mort d’un membre touche un club de manière particulière parce que la pratique sportive organise des rendez-vous réguliers. Les mêmes personnes se retrouvent, progressent ensemble et apprennent à compter les unes sur les autres. La solidarité exprimée à Aubervilliers ne se résume donc pas à une présence lors d’une marche : elle s’inscrit dans la relation durable entre Pengo et la salle où il s’entraînait.
Ces liens expliquent également pourquoi son rêve professionnel a été évoqué avec autant d’insistance. Les proches ne parlent pas d’une trajectoire abstraite, mais d’un projet qu’ils voyaient se dessiner : un combattant qui se déplaçait loin, revenait s’entraîner et cherchait à améliorer son niveau. Le rappeler permet de maintenir la mémoire de Pengo au-delà du récit de l’attaque. Il avait une histoire qui avait commencé avant le drame et que ses compagnons veulent continuer à raconter.
Dire de lui qu’il était « un homme bien » ne clôt pas le deuil et ne résume pas toute une vie. L’expression témoigne de l’empreinte qu’il a laissée dans son entourage : celle d’un jeune homme dont la gentillesse et le respect étaient remarqués, et dont les objectifs étaient pris au sérieux par ceux qui l’accompagnaient.

Salahdine Parnasse rend hommage à Pengo Bossio Wangi
La réaction de Salahdine Parnasse a donné une résonance particulière à l’hommage rendu par le monde du MMA. Le combattant français a publié sur X un message bref — « on ne t’oubliera pas » — qui exprime la proximité symbolique entre deux sportifs issus de la même communauté de discipline. L’intervention ne prétend pas remplacer la parole des proches, mais elle montre que la disparition de Pengo a dépassé les murs de son club et touché des figures reconnues du MMA français.
Parnasse est un combattant de haut niveau associé au KSW, et non à l’UFC. Son parcours offre un contraste avec celui de Pengo : l’un a déjà acquis une notoriété internationale, tandis que l’autre évoluait en amateur et espérait se professionnaliser. Ce contraste ne doit pas servir à établir une comparaison de valeur. Il souligne plutôt la diversité des étapes qui composent une carrière de combattant et la façon dont une même passion peut réunir des athlètes aux trajectoires très différentes.
Dans le sport, un message de soutien public peut apporter une forme de reconnaissance, surtout lorsque la personne disparue était encore peu connue du grand public. Les mots de Parnasse ont contribué à faire circuler le nom de Pengo auprès de fans qui ne l’avaient peut-être jamais vu combattre. L’important, dans cette démarche, est de garder le centre de gravité du récit sur la victime, son entourage et les faits rapportés, plutôt que de transformer son histoire en simple occasion de commenter la carrière d’un champion.
Des articles consacrés à cette réaction sont accessibles dans ce récit de l’hommage de Salahdine Parnasse et dans cet article sur le message adressé au combattant tué. Ces liens replacent la publication dans le contexte de la mobilisation du milieu du MMA, sans effacer la voix de ceux qui ont connu Pengo au quotidien.
La présence symbolique de Parnasse dans cet hommage rappelle qu’une communauté sportive se construit aussi par la transmission et la reconnaissance. Un combattant confirmé peut saluer un amateur non pour son palmarès, mais pour la passion et la détermination qui le faisaient avancer. C’est dans cette attention portée à la personne que le message prend son sens.
Après l’attaque de Trappes, la mémoire se prolonge dans le MMA
La marche d’Aubervilliers n’a pas été le premier moment collectif de recueillement. La veille, une minute de silence avait été observée dans la salle de l’Embarcadère, à l’occasion du Centurion, présenté comme le plus grand tournoi amateur de MMA en France. La scène souligne la place qu’occupe la discipline dans cette histoire : le tournoi réunissait des combattants autour de leur sport, tandis que le silence rappelait qu’un membre de cette communauté venait d’être tué.
Ce geste s’inscrit dans une tradition sportive où la minute de silence interrompt le rythme de la compétition pour reconnaître une absence. Dans le cas de Pengo, elle donnait aux pratiquants, aux équipes et au public un temps commun, même bref, pour mesurer le choc. Le lendemain, la marche blanche a prolongé cette reconnaissance dans l’espace public d’Aubervilliers. D’un événement sportif à une mobilisation dans la ville, la mémoire a ainsi circulé entre le club, les proches et les habitants.
Le contexte de l’attaque de Trappes impose également de ne pas dissocier la douleur de la dénonciation du racisme. Les paroles du maire ont clairement rappelé cette dimension, en soulignant que la couleur de peau de Pengo faisait partie des éléments évoqués dans le discours de l’hommage. La solidarité exprimée par les participants prend alors un sens civique : elle s’oppose à la haine et affirme que la victime ne sera pas abandonnée à l’oubli.
Pour les clubs, la manière de poursuivre le travail après un drame ne consiste pas à prétendre que rien n’a changé. Elle passe par l’attention aux personnes touchées, par des temps de recueillement et par la possibilité de parler de celui qui manque. Un entraînement peut reprendre, mais les gestes familiers ont un autre poids. Dans une salle, le respect des partenaires et la maîtrise de la force sont déjà au cœur de la pratique ; la mémoire de Pengo rappelle que ces valeurs doivent aussi s’exprimer dans la façon de se soutenir hors du tapis.
| Moment | Ce qui s’est passé | Ce que cela exprime |
|---|---|---|
| Samedi soir | Minute de silence à l’Embarcadère lors du Centurion | Le recueillement du milieu du MMA |
| Dimanche après-midi | Marche blanche à Aubervilliers | La solidarité des proches, du club et des habitants |
| Après l’hommage | Messages et témoignages consacrés à Pengo | La volonté de préserver sa mémoire et son histoire |
La mémoire collective ne dépend pas d’un seul événement. Elle se nourrit des récits qui rappellent le jeune homme derrière le fait divers : un amateur engagé, un partenaire estimé et un sportif qui voulait aller plus loin. Pour ceux qui continuent de faire vivre son souvenir, le respect passe par cette fidélité à son histoire autant que par le refus de la haine.
Des éléments sur le parcours de Pengo et sur les rassemblements sont également proposés dans ce article retraçant le parcours du jeune espoir du MMA et ce récit consacré à l’hommage rendu à Pengo Bossio Wangi. À Aubervilliers, les voix de ses proches et de sa communauté continuent ainsi de préserver l’image d’un combattant dont le projet a été brutalement interrompu.

