À Bayonne, Benoît Saint-Denis a quitté un instant les cages de l’UFC pour partager ses repères de combattant avec les joueurs de l’Aviron bayonnais. Lors d’un atelier de plaquages organisé à l’AB Campus avant un déplacement à Toulouse, l’ancien militaire a travaillé avec l’effectif professionnel sur la posture, l’orientation du corps et la manière de conduire un adversaire au sol. Une séance courte, mais pensée pour répondre à un besoin précis du staff : renforcer la défense et interrompre plus efficacement la progression du porteur de balle.
Installé à Bayonne depuis 2023 et déjà proche du club, Saint-Denis connaît les installations du Campus, où il s’entraîne régulièrement. Cette intervention a toutefois pris une autre dimension : elle réunissait les professionnels autour d’un échange entre deux disciplines qui partagent le goût de l’engagement, sans pour autant répondre aux mêmes contraintes. Au rugby, la vitesse de l’attaquant et la coordination avec le deuxième défenseur modifient les repères du plaquage. L’intérêt de la séance tenait justement à cette transmission : adapter des principes issus des sports de combat au terrain, plutôt que chercher à reproduire une technique de MMA.
- Lieu : l’AB Campus, à Bayonne, sous la halle couverte.
- Intervenant : Benoît Saint-Denis, combattant professionnel de l’UFC et ancien militaire.
- Thème : posture, angle d’approche et placement de la tête lors du plaquage.
- Objectif du staff : améliorer la défense collective et stopper l’élan de l’attaquant.
- Contexte : la séance s’est tenue quelques jours avant le déplacement de l’Aviron à Toulouse, conclu sur le score de 45-34.
Benoît Saint-Denis à Bayonne : une relation déjà établie avec l’Aviron
La présence de Benoît Saint-Denis à l’Aviron bayonnais ne relève pas d’une rencontre improvisée. Le combattant s’est installé dans la ville en avril 2023 et a noué un partenariat avec le club, qui lui permet de profiter des équipements du Campus. Il y retrouve notamment Fabien Berenguel, son préparateur physique, également impliqué auprès des jeunes joueurs bayonnais. Cette proximité a créé un terrain favorable aux échanges entre le MMA et le rugby.
Saint-Denis avait déjà proposé une séance aux joueurs lors de la saison précédente. Elle s’adressait alors à des éléments hors groupe et portait surtout sur le cardio, une composante essentielle dans un sport de combat où l’effort alterne entre accélérations et phases de récupération. Cette fois, le public était différent : l’ensemble de l’effectif professionnel a participé à l’atelier technique. Le changement de format montre que l’intervention ne se limitait pas à une démonstration physique, mais répondait à une demande ciblée de l’encadrement.
Les passerelles entre disciplines ne sont pas nouvelles. Le rugby sollicite la puissance, la stabilité et la capacité à lire rapidement les intentions adverses ; les sports de combat développent, eux aussi, la gestion de la distance et le contrôle du corps dans l’opposition. Cela ne signifie pas qu’un plaquage puisse être enseigné comme une amenée au sol en MMA. L’intérêt réside plutôt dans l’observation de détails transférables, puis dans leur adaptation aux règles et aux mouvements propres au rugby.

Un atelier de plaquages pensé pour les besoins de la défense bayonnaise
L’entraîneur Nick Abendanon explique que le système défensif de l’Aviron avait évolué par rapport à la saison précédente. Le staff souhaitait insister sur un premier plaquage bas, destiné à freiner le porteur, puis sur l’intervention d’un deuxième défenseur plus haut, qui peut viser le ballon afin de ralentir la formation du ruck. Le ruck désigne la phase où des joueurs se disputent le ballon au sol après un plaquage. Dans cette séquence, la coordination compte autant que le geste individuel.
Pour répondre à cette demande, Saint-Denis a conçu un atelier d’environ trente minutes. Les avants et les trois-quarts ont travaillé à tour de rôle : pendant qu’un groupe suivait les exercices, l’autre poursuivait sa séance de musculation. Cette organisation permettait d’échanger avec des profils différents. Un avant est plus souvent confronté à des duels rapprochés et à des impacts dans l’axe ; un arrière doit fréquemment gérer un joueur lancé à pleine vitesse, parfois avec davantage d’espace autour de lui.
Le staff cherchait donc moins une recette universelle qu’un regard extérieur sur les gestes déjà pratiqués. En rugby, le défenseur doit tenir compte de la vitesse du porteur, de ses partenaires et de la suite de l’action. Une technique efficace en lutte ou en MMA ne peut être transposée sans ajustement. C’est précisément cette différence qui a donné son intérêt à l’exercice : faire dialoguer les disciplines pour améliorer une situation de jeu concrète.
| Point travaillé | Application recherchée au rugby |
|---|---|
| Angle d’approche | Guider le porteur vers une zone défensive choisie. |
| Regard et posture | Garder le buste plus solide et éviter de basculer vers le sol. |
| Premier défenseur | Abaisser le porteur pour stopper son élan. |
| Second défenseur | Intervenir plus haut et chercher à ralentir la sortie du ballon. |
Angle à 45 degrés et regard relevé : les repères techniques de la séance
Après avoir observé les joueurs en action, Benoît Saint-Denis a relevé une tendance : certains avaient le regard dirigé trop bas au moment d’entrer dans le plaquage. Selon les explications rapportées par l’entraîneur des skills, cette posture pouvait entraîner le poids du corps vers le sol et réduire la capacité du défenseur à maîtriser la direction de l’action. Le conseil consistait à conserver une position plus forte, avec le regard légèrement relevé et une approche autour d’un angle de 45 degrés.
Ce repère ne doit pas être compris comme une règle mécanique applicable à toutes les situations. Le placement varie selon la trajectoire du porteur, la distance et la couverture défensive disponible. Mais l’angle aide à penser l’intention : le défenseur ne cherche pas seulement à entrer en contact, il doit aussi orienter l’adversaire et contribuer à l’organisation collective. Pour un joueur lancé, quelques centimètres de posture ou un appui mal placé peuvent modifier l’équilibre du duel.
La séance illustre aussi l’importance de l’observation dans la préparation mentale. Un intervenant extérieur peut faire apparaître un défaut devenu invisible à force de répétition, puis aider les joueurs à le corriger par des consignes simples. Dans ce cas, le regard, la tête et l’alignement du corps formaient un ensemble cohérent. L’objectif était de rendre le geste plus maîtrisé, pas de transformer le plaquage en démonstration de force.
La préparation avant Toulouse : discipline, engagement et état d’esprit de champion
Le calendrier de l’atelier avait une portée particulière : il s’est tenu quatre jours avant le déplacement de l’Aviron à Toulouse, au moment où l’équipe préparait sa défense. Nick Abendanon a expliqué que le staff voulait lancer la semaine avec une forte attention portée au combat et à l’engagement. Recevoir un athlète habitué à l’exigence du haut niveau devait contribuer à installer cette intensité dès les premières séances.
Face au Stade toulousain, les Bayonnais se sont inclinés 45-34 après avoir posé des problèmes à leurs adversaires pendant une grande partie de la rencontre. Le résultat ne permet pas, à lui seul, d’attribuer une évolution de la défense à l’intervention de Saint-Denis. Il montre toutefois que la rencontre a été disputée et que l’équipe a tenu un niveau d’opposition soutenu. L’atelier s’inscrivait dans une préparation collective ; il n’était ni une garantie de résultat ni une méthode suffisante pour expliquer le contenu du match.
Abendanon a décrit Benoît Saint-Denis comme un combattant doté d’un « mindset » de champion, autrement dit d’un état d’esprit tourné vers la discipline et l’effort. Pour les joueurs, cette rencontre pouvait rappeler que la performance dépend aussi de la concentration accordée aux détails. Les ambitions du Français à l’UFC et le chemin qu’il lui reste à parcourir dans sa catégorie sont abordés dans cet article consacré à sa course vers la ceinture.
La transmission fonctionne dans les deux sens : Saint-Denis apporte son expérience de l’opposition et de la maîtrise du corps, tandis que les contraintes du rugby obligent à repenser ces principes dans un sport collectif, rythmé par les courses et les soutiens. C’est cette adaptation, davantage que la comparaison entre les résultats de deux disciplines, qui donne sa valeur à la séance.

Une transmission appelée à se poursuivre au Campus
Le staff bayonnais souhaitait renouveler l’expérience avant la fin de l’année civile, avec deux nouvelles séances envisagées si l’agenda de Saint-Denis le permettait. Les échéances évoquées se situaient avant la trêve de novembre, puis avant les vacances de Noël. Ces rendez-vous étaient des intentions du club, et non des dates confirmées. Leur intérêt dépendrait notamment de la disponibilité du combattant et des besoins de l’effectif.
Cette collaboration s’inscrit dans un environnement où la préparation physique et technique s’appuie souvent sur des compétences complémentaires. Un rugbyman peut bénéficier d’un travail sur les appuis ou la lecture du duel ; un pratiquant de MMA peut, de son côté, échanger avec des spécialistes de la vitesse et des efforts répétés. Les méthodes restent distinctes, mais la discipline, l’engagement et l’attention aux détails sont des valeurs communes que les deux groupes peuvent partager.
Pour Benoît Saint-Denis, installé à Bayonne et régulièrement présent au Campus, l’intervention prolonge une relation déjà construite avec l’Aviron. Elle rappelle aussi qu’un champion ne transmet pas seulement des gestes : il partage une manière de se préparer, d’observer et de corriger. Le club peut désormais s’appuyer sur ce premier atelier pour préciser les thèmes d’un éventuel prochain échange, en fonction des retours des joueurs et des priorités de son staff.
Pour découvrir d’autres lieux de pratique et comprendre la diversité des structures françaises, consultez notre dossier sur les clubs de MMA en France. La séance bayonnaise rappelle, à sa manière, que les progrès naissent souvent de rencontres entre spécialistes : un geste observé autrement peut devenir un nouvel outil pour toute une équipe.

