Joe Pesci n’a pas été révélé par un long parcours de rôles secondaires ni par une ascension régulière à Hollywood. Alors qu’il s’était éloigné du métier et travaillait dans un restaurant italien, Robert De Niro a insisté pour le faire découvrir à Martin Scorsese. Cette rencontre a conduit Pesci vers Raging Bull, puis vers une carrière marquée par un Oscar et des rôles devenus cultes, notamment dans Les Affranchis. Né en 1943, l’acteur a eu 82 ans en 2025 et en a 83 en 2026. Le chiffre de 33 films dépend, lui, de la manière de compter les longs métrages de sa filmographie.
En bref
- Robert De Niro a repéré Joe Pesci après avoir visionné The Death Collector.
- Pesci avait alors mis sa carrière d’acteur entre parenthèses et travaillait dans un restaurant.
- Le rôle de Joey LaMotta dans Raging Bull a été développé dans une nouvelle version du scénario.
- Sa prestation lui a valu une nomination à l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle.
- Il a remporté l’Oscar quelques années plus tard pour Les Affranchis.
Joe Pesci, l’acteur mythique que Robert De Niro a ramené au cinéma
Avant de devenir un visage incontournable du cinéma américain, Joe Pesci a connu une période de découragement. Il avait joué depuis l’enfance, mais sa carrière ne progressait pas comme il l’espérait. Après avoir quitté Hollywood, il s’est installé dans un quotidien plus éloigné des plateaux, travaillant notamment dans le restaurant italien Amici’s.
Ce retrait ne signifiait pas nécessairement qu’il avait définitivement renoncé à jouer. Pesci expliquera plus tard qu’il voulait sortir d’un milieu où il avait le sentiment de devoir constamment ménager les autres pour obtenir un rôle. Le restaurant lui offrait une autre routine et un environnement où il se sentait davantage considéré. Il attendait toutefois un projet qui justifierait un retour.
La découverte de Pesci par l’équipe de Raging Bull a commencé avec The Death Collector, un film de 1976. La directrice de casting Cis Corman l’a remarqué et a transmis le film à Robert De Niro. Celui-ci a ensuite recommandé l’acteur à Martin Scorsese. L’intérêt de De Niro ne reposait pas seulement sur une ressemblance physique ou une expérience passée : il voyait chez Pesci une présence singulière, à la fois directe et crédible.
Cette intervention a compté parce qu’elle a transformé une rencontre informelle en possibilité concrète. De Niro n’a pas simplement évoqué un nom : il a défendu un partenaire potentiel auprès du réalisateur, puis est revenu le solliciter quand Pesci s’est montré réticent. Dans une industrie où les occasions dépendent souvent de recommandations et de rencontres, son insistance a ouvert une porte décisive.

De Raging Bull aux Oscars : le rôle de Joey LaMotta prend de l’ampleur
Le premier scénario proposé à Joe Pesci ne l’a pas convaincu. Le personnage de Joey LaMotta, frère du boxeur Jake, lui paraissait trop limité. Il craignait d’accepter un rôle secondaire peu consistant, même si travailler avec Robert De Niro et Martin Scorsese représentait une occasion rare. Sa réserve était cohérente avec sa décision de ne revenir au cinéma que pour un projet réellement intéressant.
Robert De Niro a alors repris contact avec lui, cette fois avec Scorsese et une version remaniée du scénario par Paul Schrader. Le personnage de Joey y avait gagné en relief. Il n’était plus simplement un frère placé en marge du récit : il devenait un élément essentiel de l’équilibre familial et de la trajectoire de Jake LaMotta, dont la jalousie et les réactions destructrices affectent les proches autant que la carrière sportive.
Dans le film, Pesci joue Joey comme un homme attaché à son frère, mais qui ne peut pas toujours empêcher les tensions de s’aggraver. Sa prestation repose sur les échanges, les silences et les changements de ton. Face à De Niro, il ne cherche pas à occuper tout l’espace : il donne au personnage une énergie nerveuse qui rend leur relation fraternelle à la fois familière et instable.
Cette composition lui a valu une nomination à l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, sa première dans cette catégorie. Raging Bull a également consacré la performance de De Niro, récompensé comme meilleur acteur, tandis que Thelma Schoonmaker a reçu l’Oscar du montage. Le film a ainsi installé Pesci dans le paysage des acteurs à suivre, même si la récompense personnelle la plus connue viendrait avec un projet ultérieur.
Les Affranchis confirme la place de Joe Pesci à Hollywood
La rencontre autour de Raging Bull a créé les conditions d’une collaboration durable avec Martin Scorsese et Robert De Niro. Quelques années plus tard, Les Affranchis a permis à Pesci de montrer une autre facette de son jeu. Il y interprète Tommy DeVito, un personnage imprévisible dont les changements d’humeur font partie intégrante de la tension du film.
Le rôle lui a apporté l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle. La distinction a donné une reconnaissance institutionnelle à un acteur déjà remarqué pour son intensité, mais elle ne résume pas à elle seule son apport au film. Pesci construit Tommy par des détails de jeu et un rythme particulier : une conversation apparemment ordinaire peut soudain devenir menaçante, sans que le personnage perde son naturel.
Cette capacité à mêler humour, tension et danger est devenue l’une de ses signatures. Elle distingue ses rôles de gangster d’interprétations plus uniformes, où la menace se résume à une posture ou à une voix grave. Chez lui, l’imprévisibilité naît souvent d’un décalage entre la banalité de la situation et la réaction du personnage.
Son Oscar pour Les Affranchis a aussi contribué à rendre plus visible le parcours atypique qui l’y avait conduit. Pesci n’était pas un jeune acteur fraîchement sorti d’une école de cinéma, mais un interprète déjà passé par des années de travail, une période de retrait et un retour déclenché par la confiance de ses collaborateurs. Sa trajectoire rappelle qu’une carrière peut bifurquer au moment où un rôle rencontre enfin la bonne personne.
Robert De Niro et Martin Scorsese, un tandem déterminant
L’histoire de Pesci dans Raging Bull illustre le poids des collaborations dans le cinéma. Robert De Niro connaissait le projet et cherchait un interprète capable de donner une réalité immédiate à Joey. Sa recommandation auprès de Scorsese a lancé le processus, mais elle ne suffisait pas à garantir le résultat : il a également fallu que le scénario évolue et que Pesci reconnaisse enfin dans le rôle une matière à défendre.
Le trio De Niro, Pesci et Scorsese a ensuite produit plusieurs œuvres importantes du cinéma américain. Chacun y occupait une fonction distincte. Scorsese organisait le récit et son énergie, De Niro portait souvent le centre dramatique, tandis que Pesci pouvait faire basculer une scène par une présence plus imprévisible. Cette complémentarité explique pourquoi leurs retrouvailles à l’écran suscitent encore l’intérêt des cinéphiles.
Pour comprendre l’importance de cette rencontre, imaginons un spectateur qui découvre aujourd’hui ces films dans l’ordre inverse : il peut d’abord associer Pesci à l’Oscar et aux personnages de gangsters. En revenant à Raging Bull, il découvre pourtant un acteur qui ne cherchait pas simplement à reproduire une formule. Joey est moins flamboyant que Tommy DeVito, mais sa relation avec Jake donne au film une dimension intime et familiale.
Le parcours de Pesci montre ainsi que le repérage d’un talent et le développement d’un personnage sont deux étapes différentes. De Niro a contribué à la première en attirant l’attention de Scorsese ; la réécriture du scénario a rendu la seconde possible. C’est leur rencontre qui a transformé une proposition hésitante en rôle fondateur.
Une carrière d’acteur façonnée par le retrait et le retour
Le récit selon lequel Robert De Niro aurait « fait » la carrière de Joe Pesci mérite d’être nuancé. De Niro a joué un rôle décisif dans l’accès à Raging Bull, mais Pesci avait déjà acquis de l’expérience et possédait un style qui a convaincu les cinéastes. Sa carrière d’acteur s’est construite à la fois grâce à cette occasion, à son travail et à sa capacité à choisir un rôle lorsqu’il a enfin trouvé la bonne histoire.
La formule des « 33 films » associée à certains titres dépend par ailleurs du périmètre retenu : les filmographies peuvent compter différemment les apparitions, les productions télévisées ou les rôles non crédités. Le nombre ne suffit donc pas à mesurer son influence. Dans le cas de Pesci, quelques collaborations majeures ont durablement marqué la mémoire du public, bien au-delà d’un simple décompte de longs métrages.
Son parcours a aussi une résonance particulière pour les artistes confrontés à une période de stagnation. Pesci ne présente pas son retour comme une ascension facile : il s’était éloigné du milieu parce qu’il était déçu et ne voulait plus accepter n’importe quelle proposition. La rencontre avec De Niro et l’évolution du scénario lui ont fourni une raison précise de revenir, plutôt qu’une promesse abstraite de célébrité.
À 83 ans en 2026, l’acteur reste associé à des personnages et à des films qui ont traversé les générations. Son histoire rappelle que le rôle déterminant d’une carrière n’est pas toujours celui qui arrive au début, et qu’une recommandation peut compter lorsqu’elle révèle un talent au bon moment. Pour Pesci, cette porte s’est ouverte avec Joey LaMotta, avant que Les Affranchis ne transforme cette relance en consécration.

