Pourquoi Khabib Nurmagomedov a arrêté le MMA ?

Pourquoi Khabib Nurmagomedov a arrêté le MMA ?

Khabib Nurmagomedov reste l’un des rares champions de l’histoire du MMA à avoir quitté la compétition au sommet, invaincu, sans jamais connaître la défaite. Mais sa sortie du monde des arts martiaux mixtes ne s’est pas faite en une seule fois : elle s’est déroulée en deux temps distincts, chacun porté par des raisons profondément personnelles plutôt que par un déclin sportif.

Une carrière parfaite jusqu’au bout

Avant de comprendre pourquoi il est parti, il faut mesurer ce qu’il a laissé derrière lui. Khabib Nurmagomedov termine sa carrière avec un bilan de 29 victoires pour 0 défaite, dont 13 combats remportés à l’UFC sans jamais perdre un seul round de façon significative. Spécialiste redoutable de la lutte et du combat au sol, le Daghestanais dominait littéralement ses adversaires en les empêchant de développer leur propre jeu. Un tel palmarès rend sa décision de retraite d’autant plus marquante : il n’est pas parti sur un échec, mais au sommet absolu de son art.

Le tournant tragique de 2020

Le véritable point de bascule survient en juillet 2020. Abdulmanap Nurmagomedov, le père de Khabib celui qui l’a entraîné depuis l’enfance et façonné son style de combat si particulier décède des suites de complications liées au Covid-19. Cette perte bouleverse profondément le champion, qui perd non seulement son père mais aussi son mentor et entraîneur principal depuis toujours.

Malgré ce deuil, Khabib honore un dernier engagement : le combat prévu à l’UFC 254 face à Justin Gaethje, en octobre 2020. Il l’emporte par soumission au deuxième round, portant son record à 29 victoires sans défaite. Mais c’est immédiatement après ce combat, encore sur le tapis de l’octogone, qu’il annonce sa retraite immédiate de la compétition.

Une promesse faite à sa mère

La raison qu’il évoque alors n’a rien à voir avec son niveau sportif ou une quelconque lassitude de la compétition : il s’agit d’une promesse faite à sa mère. Khabib explique avoir promis de ne plus jamais combattre sans son père dans son coin, une figure qui l’avait accompagné à chacun de ses combats professionnels. Se battre pour la première fois sans lui, lors de ce combat contre Gaethje, devait donc être son dernier.

Dans une interview accordée à ESPN peu après l’annonce, Khabib est revenu sur la difficulté de cette décision, reconnaissant qu’il est extrêmement dur de renoncer à la célébrité, à l’argent et au statut de meilleur combattant du monde. Mais il a insisté sur le fait que sa relation avec sa mère primait sur tout le reste, expliquant ressentir que chaque camp d’entraînement et chaque combat la faisait vieillir prématurément d’inquiétude.

Les tentatives pour le faire revenir

Cette retraite, aussi définitive semblait-elle, n’a pas empêché l’UFC de tenter de le convaincre de revenir. Selon des propos rapportés par l’ancien combattant Chael Sonnen, la promotion serait allée jusqu’à envisager de renégocier son contrat pour le faire changer d’avis, avec des discussions autour d’une catégorie de poids différente. Cette tentative n’a manifestement pas abouti : Khabib est resté fidèle à sa décision, refusant catégoriquement de remonter sur le tapis en compétition, malgré les sollicitations répétées.

La deuxième étape : quitter aussi le coaching

Ce que beaucoup ignorent, c’est que la retraite de 2020 ne marquait que la fin de sa carrière de combattant. Dans les mois qui ont suivi, Khabib s’est reconverti avec succès dans le coaching, accompagnant notamment son ami de longue date Islam Makhachev jusqu’au titre UFC, ainsi que son cousin Umar Nurmagomedov. Il a également fondé sa propre organisation de MMA, l’Eagle FC, et a même été désigné meilleur entraîneur de l’année 2022 par MMA Junkie.

C’est donc avec une certaine surprise que le monde du MMA a appris, début 2023, que Khabib annonçait cette fois se retirer totalement de l’univers des arts martiaux mixtes — combats, coaching, et implication directe dans les camps d’entraînement compris. L’annonce a été faite via les réseaux sociaux, accompagnée d’une photo avec son équipe et d’un message évoquant une année chargée et réussie, tout en souhaitant le meilleur à ses proches.

La paternité comme véritable moteur

Les raisons de ce second retrait ont été précisées par Javier Mendez, coach et ami proche de Khabib, dans un entretien accordé à Yahoo Sports. Selon lui, la motivation principale de Khabib tenait à sa volonté de ne pas manquer sa vie de père de famille. Les longs camps d’entraînement, qui l’éloignaient pendant des mois de son foyer au Daghestan, devenaient incompatibles avec le temps qu’il souhaitait consacrer à ses enfants.

Son cousin Umar Nurmagomedov a confirmé cette version dans une interview, expliquant que les voyages incessants et l’éloignement de sa famille — notamment de sa mère, qu’il souhaitait aussi accompagner après le décès de son père — pesaient de plus en plus lourd. Umar a toutefois précisé que cela ne signifiait pas une coupure totale : Khabib continuerait à donner des conseils informels à ses proches, sans pour autant reprendre un rôle de coach à plein temps, avec les déplacements que cela implique.

Un départ cohérent avec ses valeurs

Ce qui frappe dans le parcours de Khabib, c’est la cohérence entre ses deux décisions de retrait. Dans les deux cas, ce ne sont ni les blessures, ni la lassitude de la compétition, ni une quelconque baisse de niveau qui expliquent son départ mais des engagements familiaux qu’il a placés au-dessus de sa carrière, aussi brillante et lucrative soit-elle. Une promesse à sa mère d’abord, puis la volonté de rester présent en tant que père ensuite : deux décisions guidées par les mêmes valeurs profondément ancrées dans son éducation daghestanaise, où la famille prime sur toute autre considération, y compris la gloire sportive.

Cette rareté , un champion qui part au sommet, par choix personnel plutôt que par nécessité — explique en grande partie pourquoi Khabib Nurmagomedov continue d’être considéré comme une figure à part dans l’histoire du MMA, aussi respecté pour la manière dont il a quitté le sport que pour la façon dont il l’a dominé.