Francis Ngannou reste l’un des cas les plus marquants de rupture entre un champion et sa promotion dans l’histoire récente du MMA. Trois ans après son départ de l’UFC, la tension entre « The Predator » et Dana White n’a jamais vraiment retombé et vient même de connaître un nouvel épisode particulièrement vif ces derniers jours.
Un champion qui refuse de resigner
Le point de départ de cette rupture remonte à janvier 2022, lorsque Francis Ngannou défend avec succès sa ceinture des poids lourds face à Ciryl Gane, à l’issue de son contrat avec l’UFC. Plutôt que de prolonger son engagement avec la plus grande organisation de MMA au monde, le Camerounais choisit de ne pas resigner un choix rarissime pour un champion en titre, encore plus rare pour quelqu’un dans la catégorie reine.
Les raisons de ce refus tiennent essentiellement aux conditions contractuelles jugées trop restrictives par Ngannou. Il aurait été proposé un combat face à Jon Jones pour environ 8 millions de dollars, mais l’UFC serait restée inflexible sur d’autres clauses du contrat notamment sur l’exclusivité, qui l’aurait empêché de poursuivre son rêve de boxer face aux plus grands noms de la discipline. Ngannou a lui-même qualifié cette proposition de simple piège plutôt que d’offre solide.
Une liberté chèrement acquise
Ce que révèle aujourd’hui Ngannou, dans le prolongement de ses récentes prises de parole, c’est à quel point cette bataille pour sa liberté contractuelle a été longue et coûteuse. Il évoque avoir passé plus de trois ans et englouti des sommes considérables en frais d’avocats pour se construire ce qu’il appelle lui-même un plan d’évasion, dans le seul but de s’extraire de son contrat avec l’UFC.
Une fois libéré de ses obligations, Ngannou se lance effectivement dans la boxe professionnelle. Son premier combat, face à Tyson Fury, manque de peu de créer l’exploit : il passe tout près de la victoire face à l’un des plus grands noms de la discipline, avant de s’incliner ensuite face à Anthony Joshua par KO en 2024. Il rejoint par la suite le PFL, où il devient rapidement une figure majeure, en plus de s’associer à la promotion MVP (Most Valuable Promotions), fondée notamment par les frères Paul.
Une rivalité qui ne s’est jamais éteinte
Ce qui distingue le cas Ngannou d’un simple départ contractuel classique, c’est la persistance du conflit personnel avec Dana White, bien après la séparation officielle. Le président de l’UFC n’a jamais caché son animosité envers son ancien champion, allant jusqu’à comparer sa relation avec Ngannou à celle, tristement célèbre, qu’il entretient avec le promoteur de boxe Oscar De La Hoya.
White est notamment allé jusqu’à affirmer publiquement avoir espéré que Ciryl Gane batte Ngannou lors de leur combat, une déclaration difficile à interpréter autrement que comme une attaque personnelle envers un ancien champion de sa propre organisation. Il a également accusé Ngannou d’exploiter sa barrière de la langue pour se donner une image plus sympathique qu’il ne le serait réellement, insistant sur le fait qu’il ne souhaite plus jamais retravailler avec lui.
L’épisode le plus récent : la charge de White sur Nightcap
C’est précisément cette animosité qui vient de connaître un nouveau pic ces derniers jours. Invité sur le podcast Nightcap, Dana White a de nouveau qualifié Francis Ngannou de « sale type« , affirmant regarder l’historique du Camerounais avec les différentes entreprises avec lesquelles il a travaillé pour justifier son refus catégorique de faire à nouveau affaire avec lui.
Cette déclaration, loin d’être passée inaperçue, a immédiatement provoqué une riposte publique de la part de Ngannou.
La réponse de Ngannou sur les réseaux sociaux
Le 11 septembre 2026, Francis Ngannou a répondu directement sur X (ex-Twitter), pointant du doigt ce qu’il perçoit comme une contradiction flagrante dans le discours de White. Il écrit avoir passé des années et dépensé une fortune en cabinets d’avocats pour s’échapper d’un système, pendant que la même personne qui l’accuse aujourd’hui d’être un « mauvais gars » faisait tout son possible pour l’empêcher d’être libre. Il conclut son message par une formule cinglante, invitant White à accepter cette défaite comme définitive et irréversible.
Le lendemain, 12 septembre 2026, Ngannou enchaîne avec un second message, encore plus chargé émotionnellement. Il évoque la soirée qui l’a le plus marqué, plus de quatre ans après les faits, précisant qu’elle reste encore aujourd’hui une blessure vive. Le message est accompagné du hashtag #TheRealBelt — une référence directe à la soirée où, ceinture des lourds autour de la taille, il avait publiquement réclamé soit un salaire plus juste, soit sa liberté totale, sans jamais obtenir satisfaction sur les deux fronts à la fois.
https://x.com/francis_ngannou/status/2098470970654687275
Un conflit qui dépasse la simple rivalité sportive
Au-delà de l’échange de piques sur les réseaux sociaux, cet épisode illustre bien la nature profondément personnelle de ce conflit. Il ne s’agit plus seulement d’un désaccord sur un contrat ou sur une stratégie de carrière, mais d’une véritable guerre d’image entre deux hommes qui continuent, des années après leur séparation, à se renvoyer la responsabilité de cette rupture.
Ngannou lui-même a résumé la situation dans une interview accordée à Sirius XM, expliquant ne pas comprendre pourquoi Dana White s’acharne autant sur lui, tout en suggérant que ce dernier devrait plutôt faire la paix avec lui-même face à une situation qu’il juge finalement assez étrange. De son côté, Ngannou n’a jamais caché estimer avoir gagné sur toute la ligne : il est parti, a construit une carrière lucrative en boxe, puis s’est imposé comme une figure majeure au PFL et chez MVP, prouvant qu’il pouvait prospérer largement en dehors du cadre de l’UFC.
En résumé
Le départ de Francis Ngannou de l’UFC en 2023 tient donc à un refus assumé de renouveler un contrat jugé trop restrictif, en particulier sur la question de l’exclusivité qui l’empêchait de poursuivre ses ambitions en boxe. Mais c’est surtout la persistance de la tension avec Dana White, ravivée cette semaine par de nouvelles déclarations publiques et une réplique cinglante de Ngannou sur les réseaux sociaux, qui montre à quel point cette séparation, aussi ancienne soit-elle, reste une plaie ouverte pour les deux hommes.

